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Les Vies Antérieures – la chute de l’empire Aztèque – partie 2

“Je dois passer par ma chambre pour poser le bracelet, j’ai trop peur de le perdre. Ma chambre est la seule pièce où je me sens en sécurité et non pas persécutée par les autres, happée par leurs énergies, leurs machinations et intentions. Qutzi s’allonge au pied de mon lit. Moi, je prends le bracelet, je le regarde longuement et le range à l’abri des personnes indiscrètes, à l’endroit des autres cadeaux où sont rangés ceux de l’Étranger. Je sais qu’on pourrait me le voler. Je me mets en tailleur sur mon lit, et mets mes mains sur mes genoux opposés. C’est ma façon à moi de faire le calme et de reprendre mon énergie. Je reste dans cette position pendant plusieurs minutes pour faire le vide. Puis, je me lève, et inspecte mon reflet dans le miroir. Je suis de taille moyenne, brune, cheveux longs, peau mate et yeux noisette, presque verts clairs. J’ai 23 ans. J’ai les traits fins et je suis très jolie. Mais je dois garder ce masque de fer impassible sur mon visage à chaque instant, sinon les autres personnes en face de moi me mangeraient toute crue. J’inspire la peur et le respect et c’est ce qu’il faut. Sauf à l’Étranger. Lui, il a su percer ma carapace et me voir telle que j’étais réellement. Douce, aimable et rieuse. Il m’aime pour ce que je suis au fond, et pas pour ce que je parais, comme tous les autres qui m’ont aimée avant.

Nous nous sommes rencontrés il y a presque 1 an et demi, dans la ville, sur un étal du marché. Il venait d’Espagne et vendait des produits exotiques avec son frère. Ils faisaient partie d’un groupe minuscule d’hommes qui étaient venus du continent de par-delà les mers pour faire du commerce. Ils ne nous causaient aucun problème et avaient appris à parler notre langue. Tout le monde les connaissait dans la ville. Ni craints, ni adulés, ils se fondaient comme ils le pouvaient au sein de notre société. Toutes les femmes trouvaient les deux frères charmants. Je n’avais pas été particulièrement attirée par l’Étranger au début, mais par curiosité, je lui avais demandé de se rendre au temple avec moi pour parler à la Grande Prêtresse.

Il était grand, brun, peau blanche avec des grands yeux bruns. Il détenait des savoirs sur ce continent donc nous avions cruellement besoin. Puis à force de se voir au marché, nous avons entamé une relation amoureuse. Elle devait rester secrète évidemment. Au vu de mon rang, je pouvais décider de me marier et avoir des enfants, et de quitter ma position. Mais c’était impensable pour moi, je devais protéger les femmes de notre culte, et la Grande Prêtresse. L’Étranger le savait et l’acceptait. Il comprenait tout de mes devoirs, mes angoisses, mes peurs. Il était juste fasciné par moi et ce qu’il appelait “le nouveau monde”. Il était parti de son pays d’origine avec son frère pour chercher la foi et la fortune. Il ne se sentait pas à sa place dans sa société originelle et ne croyait pas en Dieu. Toutefois, il s’était promis de croire en tout ce qu’il verrait, s’il réchappait au voyage. Tout sans questionner, et juste accepter la chance divine d’être en vie. Il avait adopté nos coutumes, notre langue et je trouvais ça fascinant. Nous avions une fascination mutuelle du fait de nos différences. Nous ne pouvions pas nous voir durant le jour, mais il venait le soir dans ma chambre. Nous parlions des heures. Qutzi l’adorait. Nous nous jurions amour et fidélité éternels. Nous pensions à une famille plus tard. Enfin surtout lui. Pour moi c’était encore trop abstrait. C’était ma bulle d’air frais dans mon quotidien lourd et sombre. Attention, j’aimais ma vie, mais elle était pleine de responsabilités et de choix compliqués à faire. Je faisais tous mes choix pour les autres, et jamais pour moi. De plus, une menace se profilait à l’horizon selon lui, d’ici deux à trois ans. Nous serions envahis par son peuple. J’en riais au début, je ne pouvais pas y croire. Comment cela aurait-il été possible. Lui aussi en riait, mais dans le fond de ses yeux se dessinait une gravité dont je ne saisissais pas les conséquences.

Il avait déjà rencontré la Grande Prêtresse plusieurs fois. C’était ma seule véritable amie, nous nous connaissions depuis si longtemps. Elle l’aimait beaucoup, et ils parlaient beaucoup ensemble, j’aimais bien les voir interagir tous les deux, ils étaient drôles, plus drôles que moi. La Grande Prêtresse avait le pouvoir de faire des prédictions et de voir l’avenir, c’est pour ça que c’était la pièce maîtresse de la cérémonie de la Moisson. Elle prédisait l’abondance des futures récoltes entre autres.

Ce fût comme un choc. Elle prédit en effet l’arrivée d’une menace des Étrangers, d’ici deux ans. Que c’était inéluctable, et que nous allions tous mourir, moi y compris. Je ne voulais pas y croire. Je n’y croyais pas.”


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